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24 juin 2016 à 4h32 par Valentin Esteve

Saint-Nazaire : le meurtrier voulait donner la vie de sa victime "au diable"

Un homme accusé d'avoir tué une femme en 2014 à Saint-Nazaire comparaît cette semaine devant la cour d'assises de Loire-Atlantique.

RCA
Crédit: Me Antoine Barrière -

Le Réunionnais accusé d'avoir tué une octogénaire chez elle en mars 2014 à Saint-Nazaire a affirmé jeudi, au deuxième jour de son procès à Nantes devant la cour d'assises de la Loire-Atlantique, avait commis son crime "pour le Diable", afin que celui-ci lui donne "du bonheur et une vie normale en échange de cet acte".


Le psychiatre appelé à la barre, plus tard dans la journée, a toutefois estimé que cette nouvelle version, que l'individu n'avait jamais évoquée devant les enquêteurs, pouvait être "utilitaire". "Cela pourrait faire penser un délire mystique, mais cette hypothèse avait déjà été largement écartée au terme de nos entretiens", a balayé le médecin.


"Je n'en ai jamais parlé avant, car on ne m'a jamais posé la question", avait pourtant expliqué le jeune homme de 26 ans, lors de l'examen des faits. Cette nouvelle version survient toutefois après de nombreuses autres, comme celle que l'accusé avait rapportée à son codétenu : il lui avait raconté qu'il "couvrait" en réalité sa compagne, la véritable auteure du meurtre. À l'écouter, il aurait ainsi jeté son "arme à feu" imaginaire dans une rivière tout aussi inexistante... Le codétenu en question, qui était prêt à venir témoigner pour prouver "l'innocence" de l'accusé, s'est au final dit "trahi" et "déçu" par ces mensonges.

 

"TROUS NOIRS"
"Il me posait tout le temps des questions, il voulait connaître tous les détails... A la fin, j'ai fini par lui inventer cette histoire", s'est défendu l'homme originaire de la Réunion devant les jurés de la cour d'assises de la Loire-Atlantique.

 

L'examen des faits reprochés au jeune homme a aussi été l'occasion, pour lui, de faire état de ses "trous noirs" : il a été incapable de dire combien de temps il était resté chez sa victime, âgée de 81 ans, après l'avoir étranglée et s'être masturbé sur son cadavre. "Je ne sais pas... Le temps est passé si vite", a-t-il soufflé.
L'homme dit ne plus se souvenir, non plus, que l'octogénaire ait cherché à appeler le 17 de Police Secours, bien qu'un 7 ait été tapé au moment du crime sur le clavier du téléphone portable de la victime. Il se rappelle simplement être venu chez elle "pour lui demander un verre d'eau". "Mais le ton est monté et ça m'a mis en colère", a-t-il dit.


Le jeune homme, arrivé en métropole en 2010 pour rejoindre sa mère et ses frères, était il est vrai marginalisé : il fumait "en moyenne vingt-cinq joints" et boire "jusqu'à quatre bouteilles" par jour. Habitué à faire la manche à la sortie du supermarché Lidl, où la vieille dame faisait ses courses, il a toutefois admis que c'était "la première fois" qu'il se présentait chez quelqu'un, le soir, pour "demander un verre d'eau" - la raison qu'il avance pour justifier sa venue.

 

UNE VICTIME "PEU MEFIANTE"
L'accusé a toutefois pris soin de souligner qu'il avait trouvé "la carte bancaire et le code secret" de sa victime dans un portefeuille, mais qu'il ne l'avait "pas pris". "Je n'en avais pas besoin", a-t-il insisté, comme pour écarter tout mobile financier à son crime. Les enquêteurs ont toutefois relevé que la victime était décrite par ses proches comme "peu méfiante", et qu'elle "se confiait un peu trop aisément sur sa situation financière, qu'elle jugeait confortable."
"Il y a des éléments marquants dont vous vous souvenez parfaitement, mais pas d'autres", lui fait remarquer l'avocat de la famille de la victime, qui est toujours "abasourdie" et "endolorie" après ces "deux ans d'horreur".


Décrit comme un petit-fils "gentil" et "poli" par sa grand-mère, ce garçon "tranquille" avait déjà reconnu au premier jour de son procès aimer "les photos du diable, avec des cornes". "Ca symbolise la richesse, les femmes et la drogue", avait-il expliqué aux jurés, quelque peu médusés. Il avait également également reconnu être "un peu perturbé" par sa bisexualité, et avoir régulièrement des "relations sexuelles tarifées" par le biais d'un site de rencontres.


Les réquisitions de l'avocate générale sont attendues ce vendredi matin, avant les plaidoiries des deux avocats de la défense. La cour d'assises de la Loire-Atlantique rendra son verdict en fin de journée. L'accusé était jusqu'alors inconnu de la justice.

 

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