Actualités Pays-de-la-Loire 

27 avril 2016 à 11h23 par Simon Bouyer

Manifs à répétition à Nantes : le coup de gueule du patron du Café du Commerce

A chaque jour de manifestation, la même question persiste dans la tête des commerçants nantais : dois-je fermer ? Déjà victime de cette « violence non contrôlée » Johann Lehours crie haut et fort sur Facebook son ras le bol du "saccage" qui paralyse directement son activité.

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Son coup de gueule sur la page Facebook du Café du Commerce a été vu par près de 180 000 personnes. Sur le réseau social, Johann Lehours avoue son « ras-le-bol » après le  « saccage » du centre-ville de Nantes lors des dernières manifestations. Le patron du café a « récolté » pas moins de 7 pavés sur sa terrasse, considérés désormais comme « des trophées ». Il s’avoue « débordé » face au climat d’insécurité qui règne à Nantes, et au rythme soutenu de 2 à 3 manifestations par semaine. « Chacun a le droit de manifester » concède-t-il. Mais son message vise davantage les dégâts que le mouvement provoque, autant sur les commerçants que sur les riverains.

 

Un dilemme à chaque manifestation

A chaque jour de manifestation, le même dilemme se pose pour Johann Lehours : « un risque financier se pose dès lors que je décide de ne pas ouvrir. Forcément je dois réaliser un chiffre d’affaires chaque jour. Quand je décide d’ouvrir, là, c’est vis-à-vis de mon personnel que le risque est élevé. Mes serveurs travaillent à l’extérieur, et il nous est arrivé à 4 à 5 reprises d’être gênés par les lacrymogènes. Le 14 avril dernier, un de mes salariés a esquivé de justesse un pavé. Ma conscience aujourd’hui me dit de fermer, même si financièrement j’aurai des conséquences catastrophiques. Mais pour l’instant je ne l’écoute pas et je continue d’ouvrir en mettant mes salariés en danger. Cela devient un vrai cas de conscience ». Habitué à embaucher trois serveurs supplémentaires en CDD pour les mois de mai, juin et juillet, le patron du café ne compte prendre personne pour l’instant : « le contexte actuel ne me le permet pas ».

 

Un manque à gagner « impossible » à chiffrer pour le moment

Le centre-ville s’est retrouvé déserté lors des derniers défilés. Ça, Johann Lehours l’a bien remarqué : « J’ai énormément de clients âgés qui viennent en ville par les transports en commun. Comment voulez-vous qu’ils se déplacent, alors qu’on coupe les transports de 10h à 20h ? Ils restent bloqués chez eux ! » Jeudi dernier, suite à l’appel à manifester du Collectif des jeunes Nantais(es) contre la loi travail, la peur d’un nouvel épisode de heurts s’observait. La terrasse, habituellement pleine en soirée, ne comptait que 150 clients attablés à 17h30 (sur 350 possibles). Impossible cependant pour Johann de chiffrer à l’heure actuelle le manque à gagner.

Mais au-delà des conséquences sur son propre chiffre d’affaires, le restaurateur nantais s’interroge des conséquences de ces manifestations à répétition sur les taxes perçues par l’État. 

Écouter Johann Lehours s'interroge sur le manque à gagner de l'Etat

 

« Bloquer d’autres axes, et de temps en temps le centre-ville »

Pour le gérant du café, la violence est au cœur des préoccupations. Johann Lehours compare le mouvement de mai 68 à celui d’aujourd’hui, tout en proposant d’autres méthodes pour dénoncer.

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« Johanna Rolland doit taper du poing sur la table ! »

La maire de Nantes s’est rendue dans le centre-ville le 9 avril dernier pour dialoguer avec les commerçants. Elle promettait ce jour-là une augmentation des effectifs des forces de l’ordre. Promesse tenue. Mais Johann Lehours souhaite plus de fermeté : « Je remercie Madame Rolland pour son soutien. Mais 15 jours après son passage, les choses n’avancent pas. Je ne critique pas la mairie de Nantes, mais je demande à Madame Rolland de taper du poing sur la table, et de demander dans un premier temps au Préfet de Loire-Atlantique, puis à L’État, de prendre les décisions adéquates. »

 

« Je me rappellerai toute ma vie … »

Les manifestations contre le projet de loi travail sont souvent violentes. Mais Johann Lehours a vu pire. Il reste surtout marqué par la journée du 22 février 2014, jour de mobilisation contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

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