DPE : vous pouvez changer vos fenêtres et rester classé E !

Changer ses fenêtres, installer une pompe à chaleur ou remplacer son chauffage : quels travaux améliorent réellement le diagnostic de performance énergétique ? Et pourquoi certaines rénovations coûteuses ne font-elles pas forcément gagner une lettre ? Dans Tout sur l’Habitat, Emmanuel Chauvin, diagnostiqueur immobilier chez ATLAN’DIAG, et Pierre Picorit notre expert de MURTERISO, expliquent comment éviter de dépenser de l’argent dans des travaux qui n'améliorent pas autant que prévu la performance énergétique de votre maison.

Une maison classée E au diagnostic de performance énergétique (DPE). Des fenêtres anciennes, un chauffage vieillissant et l'envie de réduire ses factures. Le propriétaire décide d'investir dans de nouvelles menuiseries et un système de chauffage plus performant.

Plusieurs milliers d'euros plus tard, le confort s'est peut-être amélioré. Mais au moment de refaire le DPE, mauvaise surprise : la maison peut toujours être classée E.

Comment est-ce possible ? Parce que le DPE ne récompense pas automatiquement les travaux réalisés. Il mesure la performance globale du logement selon une méthode de calcul réglementaire.

C'est précisément ce qu'explique Emmanuel Chauvin, diagnostiqueur immobilier chez ATLAN’DIAG invité de l'émission Tout sur l’Habitat, aux côtés de Pierre Picorit notre Co animateur et spécialiste de l'habitat chez MURTERISO.

Changer toutes ses fenêtres fait-il vraiment gagner une lettre au DPE ?

C'est l'une des idées reçues les plus répandues chez les propriétaires : remplacer ses anciennes fenêtres par du double vitrage performant permettrait automatiquement d'améliorer son classement énergétique.

La réponse d'Emmanuel Chauvin est sans détour : « Faux. Seul un changement de fenêtres ne suffit pas. »

Une nouvelle fenêtre peut réduire les déperditions de chaleur, limiter les courants d'air et améliorer sensiblement le confort. Mais son influence sur le DPE dépend de l'ensemble du bâtiment.

Dans une maison dont les combles sont mal isolés, dont les murs laissent échapper beaucoup de chaleur ou dont le chauffage consomme énormément d'énergie, les fenêtres ne représentent pas forcément le premier poste à traiter.

Résultat : des travaux utiles pour le confort peuvent avoir un effet limité sur l'étiquette énergétique.

La bonne question n'est donc pas simplement : quels équipements dois-je remplacer ? Mais plutôt : quels sont les véritables points faibles de ma maison ?

Pompe à chaleur : peut-on vraiment gagner deux lettres d'un seul coup ?

Autre promesse souvent entendue : installer une pompe à chaleur permettrait de gagner une, voire deux classes énergétiques.

C'est possible, mais ce n'est pas automatique.

Le remplacement d'un ancien chauffage au fioul ou au gaz par une pompe à chaleur performante peut améliorer sensiblement le DPE. L'ampleur du gain dépend notamment du système remplacé, de l'isolation existante et des caractéristiques du logement.

Mais remplacer son chauffage sans étudier les besoins réels du bâtiment peut aussi conduire à investir dans un équipement inadapté.

Pierre Picorit de Murteriso souligne une autre réalité : toutes les solutions techniques ne sont pas envisageables partout. Dans certains appartements anciens, notamment en copropriété ou dans des secteurs patrimoniaux, l'installation d'une pompe à chaleur peut être compliquée, voire impossible selon la configuration et les autorisations nécessaires.

Une solution efficace dans une maison individuelle ne sera pas forcément adaptée à un appartement ancien du centre de Nantes.

D'où l'importance de ne jamais choisir un équipement uniquement dans l'espoir de gagner une lettre sur son DPE.

Pourquoi votre DPE peut rester mauvais malgré des travaux importants

Pour comprendre, il faut regarder comment fonctionne réellement le diagnostic de performance énergétique.

Le DPE attribue une étiquette allant de A, pour les logements les plus performants, à G, pour les plus énergivores.

Mais cette note repose sur deux indicateurs distincts :

  • La consommation d'énergie primaire, calculée notamment à partir du chauffage, de l'eau chaude sanitaire, de la climatisation, de l'éclairage et des auxiliaires.

  • Les émissions de gaz à effet de serre, qui mesurent l'impact climatique des consommations énergétiques du logement.

Et c'est le plus mauvais des deux classements qui détermine l'étiquette finale.

Un logement peut ainsi obtenir une classe C pour sa consommation énergétique, mais une classe D pour ses émissions de gaz à effet de serre. Son DPE final sera alors classé D.

Voilà pourquoi améliorer un seul équipement ne suffit pas toujours à faire progresser la note globale.

La facture d'électricité ne dit pas tout

Autre surprise : deux familles occupant exactement la même maison peuvent avoir des factures d'énergie très différentes, sans que le DPE du logement change.

L'une chauffe à 17 °C, l'autre à 22 °C. Les habitudes de consommation ne sont pas les mêmes, les dépenses non plus.

Pourtant, le DPE repose sur une consommation conventionnelle calculée avec des conditions standardisées. Il ne correspond donc pas nécessairement aux factures réellement payées par les occupants.

Réduire sa facture d'énergie de moitié ne signifie pas que sa consommation conventionnelle au DPE diminuera dans les mêmes proportions.

Une distinction essentielle pour les propriétaires qui souhaitent mesurer l'efficacité de leurs futurs travaux.

Maison classée E : comment passer en D ou en C sans se tromper ?

C'est probablement la question la plus importante pour un propriétaire qui envisage une rénovation.

Faut-il commencer par isoler les combles ? Les murs ? Remplacer les fenêtres ? Changer la chaudière ? Installer une pompe à chaleur ?

Pour Emmanuel Chauvin de Atlan'Diag, il faut d'abord analyser le bâtiment dans son ensemble.

Le diagnostiqueur peut notamment étudier la surface, les volumes, les caractéristiques des murs, les isolants connus et les systèmes de chauffage. Des outils complémentaires peuvent parfois permettre de mieux comprendre certaines situations.

Mais contrairement à une expertise intrusive, un DPE classique repose principalement sur des observations, des mesures et des justificatifs. Le diagnostiqueur n'a pas vocation à ouvrir les murs pour vérifier systématiquement ce qu'ils contiennent.

Pour anticiper l'effet des travaux, il est possible de demander une simulation de performance énergétique après rénovation, parfois appelée DPE projeté. Une étude plus approfondie, notamment un audit énergétique, peut également permettre d'élaborer plusieurs scénarios de travaux.

L'objectif est de déterminer quelles interventions sont réellement susceptibles d'améliorer la performance du logement.

La solution n'est pas toujours un seul chantier

Emmanuel Chauvin insiste sur un principe : une rénovation efficace repose souvent sur un ensemble d'améliorations complémentaires.

C'est ce que les professionnels appellent un bouquet de travaux.

Dans une maison ancienne, isoler les combles peut être pertinent, mais insuffisant. Changer le chauffage peut produire un gain important, mais ce gain sera différent selon la qualité de l'enveloppe du bâtiment.

L'enjeu est donc d'identifier les travaux prioritaires, leurs interactions et leur ordre de réalisation.

Pour un propriétaire, cette approche permet surtout d'éviter deux erreurs coûteuses : remplacer un équipement qui n'était pas prioritaire et devoir ensuite modifier des travaux déjà réalisés.

DPE 2026 et 2027 : votre maison peut gagner une lettre sans travaux

C'est l'une des évolutions réglementaires importantes abordées dans l'émission.

Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité utilisé dans le calcul du DPE est passé de 2,3 à 1,9.

Et une nouvelle baisse est déjà prévue : à compter du 1er janvier 2027, ce coefficient passera de 1,9 à 1,7.

Concrètement, ces modifications rendent le calcul du DPE plus favorable à l'électricité. Certains logements chauffés à l'électricité peuvent ainsi bénéficier d'une meilleure étiquette énergétique sans que leur isolation ou leur système de chauffage ait changé.

Attention toutefois : cette amélioration administrative du classement ne signifie pas que la maison consomme physiquement moins d'énergie ou que sa facture diminue.

Bonne nouvelle pour les propriétaires concernés : les DPE antérieurs restent valables et peuvent bénéficier d'une mise à jour gratuite via l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME, sans nouvelle visite du diagnostiqueur, selon les modalités applicables.

Avant d'engager des travaux uniquement pour gagner une lettre, il peut donc être intéressant de vérifier si son classement est concerné par cette évolution réglementaire.

Factures, isolation, chauffage : pourquoi conserver tous les justificatifs de travaux ?

C'est un conseil simple, mais souvent négligé : conserver systématiquement les documents relatifs aux travaux réalisés dans son logement.

Factures d'isolation, références des matériaux, épaisseurs d'isolant, caractéristiques des fenêtres, attestations de travaux ou notices des équipements de chauffage peuvent être utiles au diagnostiqueur.

Emmanuel Chauvin rappelle que les informations intégrées au DPE doivent pouvoir être justifiées.

Sans documents fiables, certaines caractéristiques non vérifiables peuvent être évaluées à partir de valeurs réglementaires par défaut, parfois moins favorables que la réalité.

Une maison correctement isolée peut ainsi ne pas bénéficier pleinement, dans le calcul du DPE, de travaux dont les caractéristiques ne peuvent pas être établies.

Le bon réflexe : constituer un véritable dossier technique de sa maison, dès les premiers travaux, et le conserver pour les futurs diagnostics.

Amiante, électricité, termites : les autres diagnostics à ne surtout pas oublier

C'est l'autre message important de cette émission.

À force de parler d'étiquette énergétique, de passoires thermiques et de rénovation, les propriétaires risquent d'oublier des problèmes qui peuvent être bien plus graves qu'une mauvaise note au DPE.

Une maison peut être correctement classée sur le plan énergétique et présenter une installation électrique dangereuse, des matériaux contenant de l'amiante ou des bois attaqués par les termites.

Pierre Picorit de Murteriso insiste sur ce point : « Ne vous focalisez pas que sur l'énergie. »

Emmanuel Chauvin évoque notamment le cas des anciennes installations électriques avec des fils isolés par du tissu. Un vendeur n'est pas systématiquement tenu de remettre toute l'électricité aux normes avant une vente. Mais une installation présentant des anomalies peut représenter un danger réel pour les occupants.

En cas d'incendie, la question de l'assurance dépendra notamment des circonstances du sinistre et des clauses du contrat. Une installation ancienne ou non conforme ne signifie pas, à elle seule, un refus automatique d'indemnisation.

Autre risque important dans l'Ouest : les termites.

Emmanuel Chauvin raconte notamment la découverte d'une infestation dans une maison du quartier Zola, à Nantes. Une situation qui avait compliqué la vente du bien et pesé sur son prix.

En présence de termites, la déclaration en mairie est obligatoire, et des mesures de traitement peuvent être nécessaires, notamment dans le cadre des prescriptions locales.

Ces exemples rappellent une évidence : une maison performante énergétiquement n'est pas nécessairement une maison saine ou sûre.

Avant de rénover, les cinq questions à se poser

Avant de signer des devis pour plusieurs milliers d'euros, un propriétaire devrait pouvoir répondre à cinq questions essentielles :

  1. Quels sont les principaux défauts énergétiques de mon logement ?

  2. Quels travaux auront le plus d'effet sur sa performance réelle ?

  3. Quel gain de classement DPE peut-on raisonnablement envisager ?

  4. Quels travaux doivent être associés pour obtenir un résultat cohérent ?

  5. Existe-t-il d'autres problèmes de sécurité ou de santé à traiter en priorité ?

Ces réponses nécessitent parfois une étude complémentaire, mais elles permettent de construire un projet de rénovation sur des bases plus solides.

Car le véritable objectif ne devrait pas être uniquement de passer de E à D ou de D à C.

Il devrait être de vivre dans une maison plus confortable, moins coûteuse à chauffer, plus saine et durablement adaptée à ses occupants.

Une bonne rénovation ne commence pas par un devis. Elle commence par un diagnostic et la compréhension du bâtiment.


DPE et travaux : les réponses aux questions des propriétaires

Peut-on gagner une lettre au DPE en changeant seulement les fenêtres ?

Oui, dans certains cas, mais ce n'est jamais garanti. Le résultat dépend de l'état initial du logement et du poids des fenêtres dans ses déperditions énergétiques. Le remplacement des menuiseries peut améliorer le confort sans modifier l'étiquette DPE.

Une pompe à chaleur améliore-t-elle automatiquement le DPE ?

Non. Une pompe à chaleur performante peut produire un gain important, particulièrement lorsqu'elle remplace un ancien chauffage utilisant une énergie fossile. Mais son effet doit être évalué en fonction du bâtiment et du système existant.

Comment savoir quels travaux permettent de passer d'un DPE E à C ?

Une étude énergétique ou un audit permet d'identifier les faiblesses du logement et de simuler différents scénarios de rénovation. Le résultat dépend notamment de l'isolation, du chauffage, de l'eau chaude sanitaire et des émissions de gaz à effet de serre.

Pourquoi mon DPE peut-il s'améliorer en 2027 sans travaux ?

Parce que le coefficient de conversion de l'électricité utilisé dans le calcul réglementaire du DPE passera de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027. Certains logements pourront ainsi voir leur classement progresser sans modification physique du bâtiment.


À découvrir dans Tout sur l'Habitat

Faut-il vraiment remplacer ses fenêtres ? Une pompe à chaleur peut-elle faire gagner deux lettres ? Comment lire son diagnostic et éviter les travaux inutiles ?

Dans ce nouvel épisode de Tout sur l'Habitat, Fabrice reçoit Emmanuel Chauvin, diagnostiqueur immobilier chez ATLAN’DIAG, accompagné de Pierre Picorit notre Co animateur de MURTERISO, référent habitat de l'émission.

Une discussion concrète pour mieux comprendre le DPE, anticiper les travaux et éviter les mauvaises décisions.

Retrouvez Tout sur l'Habitat en vidéo sur YouTube, en podcast audio et sur toutsurlhabitat.fr.

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    21 min 19 sec

      24 octobre 2026 - 21 min 19 sec

      DPE : quels travaux font vraiment gagner une lettre à votre maison ?