Publié : 7h44 par Gwen BROT

1 500 faux stagiaires, 6 millions d’euros envolés : la gigantesque arnaque au CPF démantelée près de Nantes

Partie d’une simple écoute dans une enquête sur un trafic de cigarettes, une vaste fraude au Compte personnel de formation (CPF) a été mise au jour dans la région nantaise. Plus de 1 500 faux stagiaires auraient participé à ce système qui aurait permis de détourner près de 6 millions d’euros. Deux hommes ont été mis en examen dans ce dossier aux ramifications jusque dans le grand banditisme.

Compte formation
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Un réseau de 1 500 faux stagiaires pour siphonner le CPF

Les enquêteurs ont découvert une mécanique particulièrement bien rodée. Entre 2021 et 2026, plus de 1 500 personnes auraient accepté de se faire passer pour des stagiaires inscrits à des formations professionnelles qu'elles n'ont en réalité jamais suivies.

Le système reposait sur plusieurs organismes de formation implantés notamment à Nantes, dans l'Hérault et même à l'étranger. Les recrues étaient recrutées principalement par le bouche-à-oreille et grâce à des intermédiaires chargés de trouver de nouveaux candidats.

En échange de leur participation, les faux stagiaires auraient perçu jusqu'à 40 % des sommes indûment obtenues. Au total, près de 6 millions d'euros auraient été détournés des fonds alimentant les comptes CPF, causant un préjudice majeur aux finances publiques.

Une enquête lancée grâce à un trafic de contrebande

C'est un concours de circonstances qui a permis de faire émerger cette fraude de grande ampleur. À l'origine, les enquêteurs travaillaient sur une affaire de trafic de tabac sans rapport avec la formation professionnelle.

Lors d'écoutes téléphoniques, un habitant de Pornic évoque l'acquisition d'un terrain après avoir réuni rapidement 20 000 euros en espèces. Cette somme attire l'attention des enquêteurs de l'Office national anti-fraude et du Groupe interministériel de recherches de Nantes.

En remontant les flux financiers, les investigations révèlent alors un vaste système de blanchiment. Pour masquer l'origine des fonds, les organisateurs auraient utilisé des sociétés écrans, des comptes ouverts dans des néobanques et des gérants de paille rémunérés pour prêter leur identité. Un dispositif destiné à compliquer le travail des autorités mais qui n'a finalement pas résisté aux investigations.

Des liens avec le grand banditisme du Grand Ouest

Selon les enquêteurs, l'argent détourné ne servait pas uniquement à financer le train de vie des organisateurs. Une partie des fonds aurait été utilisée pour l'achat de véhicules, de motos haut de gamme, de biens de luxe et pour effectuer des transferts vers l'étranger.

Plus inquiétant encore, certaines sommes auraient transité vers des proches de trafiquants de drogue installés notamment à Nantes et Rennes. L'enquête suggère ainsi que cette fraude au CPF aurait contribué à alimenter l'économie souterraine et certains réseaux du grand banditisme dans l'Ouest.

Plusieurs personnes ont été interpellées au cours de l'enquête. Le principal suspect, âgé de 37 ans, s'est finalement présenté aux autorités après un séjour à l'étranger. Mis en examen avec un complice pour escroquerie en bande organisée, association de malfaiteurs et blanchiment aggravé, il a été placé sous contrôle judiciaire, malgré une demande de détention provisoire du parquet.

Une affaire hors norme qui illustre les dérives possibles du CPF et la sophistication croissante des réseaux de fraude, capables de détourner des millions d'euros en s'appuyant sur des centaines de complices à travers la France.

 


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